Le Soleil, au-dessus de la mer empourprée,
S'élance moins brillant vers la Voûte Ethérée,
Que BELINDE effaçant son éclat radieux,
Et suivant de l'ISIS le cours majestueux.
De Dames, de Seigneurs, BELINDE est entourée;
Mais malgré leur parure elle est seule admirée.
L'albâtre de son sein d'une Croix est orné,
Devant qui l'on verrait un Hébreu prosterné.
Dans ses regards perçants son ame se décèle:
Elle est vive comme eux; eux sont libres comme elle.
On la voit, accordant un sourire à chacun,
Repousser mille amants, sans en offenser un.
Ainsi que le Soleil, son oeil brillant étonne,
Et, le charme de tous, ne se voile à personne.
Une noblesse aisée, et d'aimables propos,
Si les Graces en ont, cacheraient ses défauts:
Mais un Sexe léger se trahît-il en elle,
Qui peut s'en souvenir en la voyant si belle?
BELINDE possédait (fléaux du Genre-Humain)
Deux Boucles, avec grace ondoyant sur son sein.
Leurs longs anneaux de jais, d'une égale courbure,
D'un cou blanc et poli composaient la parure.
L'Amour pour enchaîner emprunte ces doux noeuds;
Le plus léger lien fixe un coeur généreux;
Dans des rêts délicats l'oiseau tombe victime;
Un faible crin surprend le poisson dans l'abyme:
L'Homme, leur Souverain, par des tresses séduit,
Se courbe, et la Beauté d'un cheveu le conduit.
Du LORD, à leur aspect, le coeur ému soupire;
Il brûle; et, plein d'audace, à leur conquête aspire.
Il médite, il projette, et voulant réussir,
Par la force, ou la ruse, il prétend les saisir.
Car, lorsque d'un amant le succès suit la peine,
Qui s'informe, si l'une ou l'autre au but le mène?
Le LORD, dans ce dessein, implora tous les
Dieux,
Même avant que Phébus eût éclairé les
Cieux.
Pour Autel à l'Amour il entasse l'Astrée
Et Clélie et Cyrus, tous à tranche dorée.
Sa main y pose un gant, et ces trésors d'Amant
De trois genoux d'ivoire autrefois l'ornement.
De tendres Billets-doux le feu part; et le flamme
S'élève, en trois soupirs exhalés de son ame.
Puis, d'un oeil suppliant, il demande, à genoux,
D'obtenir, de garder long-temps un bien si doux.
A la moitié du Voeu sourit la Cour Céleste,
Et les Vents dans le Vide emportèrent le reste.
Mais le vaisseau doré fend doucement les eaux;
Les rayons du soleil se brisent sur les flots; The Barge (Beardsley)
Dans les airs se prolonge
une
molle harmonie,
Dont les tendres accords meurent sur l'onde
unie, The Barge (Du
Guernier)
Qu'effleure, en se jouant, le Zéphir
amoureux:
BELINDE avait souri, le Monde était heureux.
Le Monde?...Hormis le SYLPHE...accablé du présage,
Il frémit, et s'empresse à détourner l'orage.
Aussitôt dans les airs sommant ses compagnons,
Il range autour des Mâts leur brillants Escadrons,
Leur doux murmure agite une voile légère;
L'Equipage le croit un Zéphir ordinaire.
De son aîle au soleil l'un ouvre le trésor;
L'autre fend l'air, ou plonge en un nuage d'or.
Lucide, et dans l'Ether à demi confondue,
Leur forme aérienne échappe à notre vue.
Les vents font onduler leurs légers vêtemens,
Réseaux d'or et d'azur, rosée en filamens,
Des couleurs de l'Iris images ondoyantes,
Où la lumière joue en teintes chatoyantes,
Où chaque rayon lance un reflet passager;
Email, que de leur aîle un seul coup peut changer.
Entouré de sa Cour, que sa tête surpasse,
Sur un mât brillant d'or ARIEL a sa place.
Son aîle offre au soleil le pourpre le plus pur;
Il se léve, et s'armant de son sceptre d'azur:
"Vous tous, Démon, Génie, ou Lutin, ou Sylphide,
Ou Fée, ou Sylphe enfin, écoutez votre guide.
Vous savez quel système, ou quels divers emplois
Sont commis aux Esprits par d'éternelles lois.
L'Ether de ses champs purs offre à l'un la carrière;
Il se joue, il se baigne en des flots de lumière.
De la Planète au loin l'autre trace le Cours,
Ou guide la Comète en ses vastes détours.
Tel autre plus grossier, au pâle clair-de-lune,
Poursuit ces traits de feu qui filent sur la brune;
Des brouillards de ce globe aspire les vapeurs,
Vole, et de l'Arc-en-ciel va pomper les couleurs,
Distille sur les champs l'onde refraîchissante,
Ou lance jusqu'aux Cieux la vague mugissante.
Tel enfin ici-bas veille sur les Humains,
Dirige tous leurs goûts, et règle leurs Destins.
Leurs Chefs prennent sur eux le bonheur de la terre,
Et sous leur bras divin repose l'Angleterre.
"Veiller sur une Belle, emploi délicieux!
Est un sort bien plus doux, s'il est moins glorieux.
Nous dérobons la poudre à la bise brutale,
Nous rendons à l'essence un parfum qui s'exhale,
Tirons des fleurs de May de plus vives couleurs,
Enlevons à l'Iris tout l'émail de ses pleurs,
Et prêtons de la grace à la boucle flottante,
Des airs à la Coquette, un fard à l'Innocente:
Bien plus; souvent, en songe, on nous doit l'heureux don
De changer une fleur, d'ajouter un feston.
"Ce jour menace, Hélas! la Nymphe la plus belle
A qui Sylphe ait jamais juré d'être fidelle.
Je crains un coup affreux; violence, ou dédains:
Mais où? comment? la Nuit nous voile les Destins.
A la chaste Vesta fera-t-elle une injure?
D'une urne du Japon sera-ce la fêlure?
Que doit-elle ternir? sa gloire, ou son jupon?
Que doit-elle manquer? le Bal, ou le Sermon?
Et que perdre en dansant? son coeur ou son aigrette?
Ou bien est-ce pour toi, Trim, qu'Atropos est prête?
Courez donc; hâtez-vous; à vos postes, Esprits!
Le mobile éventail, Zilphyre, t'est commis;
Brillante, du flacon le dépôt te regarde;
Momentille, la montre est remise à ta garde;
Sur la boucle chérie, Eglé, tiens l'oeil ouvert:
De ma puissante Egide on verra Trim couvert.
"A cinquante Héros, fameux par leur vaillance,
Je remets du Jupon l'importante défense,
Malgré leurs sept remparts aisément abattus,
Ces Forts, garnis de fer, trop souvent sont rendus:
Sur l'immense contour veillant avec constance,
D'un mur impénétrable offrez la résistance.
"Si quelqu'un, à son poste osant se négliger,
Abandonne la Nymphe, et l'expose au danger,
Sans pitié, sans délai, qu'il soit puni du crime,
En un vase enfermé, de cent pointes victime;
Qu'en un lac de bitume il demeure enfoncé,
Ou mille ans, sans relâche, en un étau pressé
Qu'en vain se débattant de ses aîles soyeuses,
Il languisse empêtré dans des gommes visqueuses;
Que l'alun, corrodant ses membres délicats,
Le crispe comme un lys, flétri par les frimats;
Que, nouvel Ixion, sa tête délirante
Circule sans répit sous la meule enivrante;
Qu'il rougisse aux vapeurs d'un chocolat fumant,
Et tremblle au seul aspect de ce gouffre écumant!"
ARIEL a parlé; son camp, saisi de crainte,
Forme autour de BELINDE une quadruple enceinte.
Dans les plis des cheveux les uns vont se nicher;
D'autres, près de l'oreille, aux pendants s'attacher:
Du Pronostic affreux leurs coeurs émus frémissent,
Attendant, pleins d'effroi, que les Temps s'accomplissent.